Il n'est pas de moi, mais je l'aime beaucoup:"Tu m'as parlé de vice dans ta lettre d'hier,
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes,
Il n'est pas plus qu'un grain de sable dans la mer,
Un seul grain descendnt dans les glauques abîmes.
Nous pouvons faire agir l'imagination,
Faire danser nos sens sur les débris du monde,
Nous énerver jusqu'à l'exaspération,
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde.
Et liés l'un à l'autre en une étreinte unique,
Nous pouvons défier la mort et son destin,
Quand nos dents claqueront en claquement panique,
Nous pourrons appeler soir ce que l'on dit matin.
Tu peux déifier ma volonté sauvage,
Je peux me prosterner comme vers un autel,
Devant ta croupe qu'ensanglantera ma rage,
Nos amours resteront pures comme un beau ciel.
Qu'importe qu'essoufflés, muets, bouches ouvertes,
Ainsi que deux canons tombés de leur affût,
Brisés de trop s'aimer nos corps restent inertes,
Notre amour restera bien toujours ce qu'il fût.
Ennoblissons mon coeur l'imagination,
La pauvre humanité bien souvent n'en a guère,
Le vice en tout celà n'est qu'une illusion,
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires. "
Guillaume APPOLINAIRE
(poèmes à Lou,3 février 1915)





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